Travail et transition agroécologique : ce que nous apprend l’enquête menée auprès des animateurs de collectifs
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La transition agroécologique transforme les pratiques agricoles, mais aussi le travail des agriculteurs. Comment cette dimension est-elle aujourd'hui prise en compte dans l'animation des collectifs ?
Pour répondre à cette question, la FRcuma Ouest a lancé une enquête auprès des animateurs et animatrices de groupes engagés dans la transition agroécologique. Les premiers résultats mettent en évidence un intérêt largement partagé pour le sujet, mais aussi un besoin fort d’outils et de méthodes pour accompagner ces transformations.
Une transition technique… qui est aussi une transition du travail
Lorsque l’on parle de transition agroécologique, les échanges portent souvent sur les systèmes de culture, les pratiques agronomiques ou les performances environnementales. Pourtant, ces évolutions modifient également le quotidien des agriculteurs : organisation des tâches, répartition du travail, charge mentale, compétences mobilisées ou encore articulation entre vie professionnelle et vie personnelle.
Autrement dit, la transition agroécologique est aussi une transition du travail.
Parce que ces transformations conditionnent largement la réussite des changements de pratiques, la FRcuma Ouest et ses partenaires du réseau CATAE souhaitent mieux intégrer cette dimension dans l’accompagnement des collectifs d’agriculteurs.
Une enquête pour mieux comprendre les pratiques des animateurs
Afin d’identifier les besoins du terrain, un questionnaire a été diffusé auprès des animateurs accompagnant des groupes engagés dans des démarches de transition agroécologique (GIEE, DEPHY, groupes 30 000, AEP, Cuma, groupes de développement, CIVAM, etc.). L’objectif était de comprendre comment la question du travail est aujourd’hui abordée, d’identifier les freins rencontrés et de recueillir les besoins en outils et méthodes d’accompagnement. Au total, 36 réponses ont été recueillies, auprès de profils variés, majoritairement non spécialistes des questions de travail.
Le travail est identifié comme un enjeu majeur de la transition
Premier enseignement : les répondants considèrent que les changements de pratiques ont des conséquences importantes sur le travail.
Les impacts les plus souvent évoqués concernent une augmentation du temps consacré à certaines tâches, davantage d’observation des cultures ou des animaux, une charge mentale plus importante et une complexification des systèmes de production.
Les répondants soulignent toutefois que ces évolutions ne sont pas uniquement synonymes de contraintes. Dans certains systèmes, notamment herbagers, les changements permettent également de gagner en autonomie, de mieux répartir la charge de travail et d’améliorer la satisfaction au travail. La transition agroécologique apparaît ainsi comme une transformation qui peut, lorsqu’elle est bien accompagnée, améliorer durablement les conditions de travail.
Une question déjà présente… mais rarement structurée
L’enquête montre que la question du travail est loin d’être absente des collectifs. Elle est régulièrement évoquée au détour d’une discussion, d’un témoignage, d’une visite de ferme ou d’une journée technique.
Les animateurs mobilisent différents supports : tours de table, brise-glace, témoignages entre agriculteurs, comparaisons d’expériences, diagnostics individuels, jeux d’animation ou encore enquêtes ponctuelles.
Cependant, ces échanges restent le plus souvent informels. Peu de groupes disposent aujourd’hui d’une véritable méthode ou d’un déroulé d’animation spécifiquement consacré au travail. La question est généralement abordée lorsqu’elle émerge naturellement, sans être intégrée comme un fil conducteur de l’accompagnement.
Des échanges centrés sur le temps de travail
Lorsque le travail est abordé, les discussions portent principalement sur des aspects très concrets : le temps de travail, la gestion des pics d’activité, la répartition des tâches, la délégation, le recours au salariat, la pénibilité ou encore la charge mentale.
En revanche, d’autres dimensions apparaissent beaucoup moins développées, comme le sens donné au travail, les valeurs, les projets de long terme ou l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ces thèmes constituent des pistes de développement pour les futurs outils d’accompagnement.
Les principaux freins : moins un problème d’intérêt qu’un manque de méthodes
L’un des résultats marquants de l’enquête est que les animateurs ne remettent pas en cause l’intérêt de travailler sur cette thématique. Au contraire, ils identifient clairement le travail comme un facteur de réussite des transitions.
Les difficultés concernent davantage la manière de l’aborder. Les quatre principaux freins identifiés sont le manque de temps, le manque d’outils, l’absence de demande explicite des agriculteurs et la difficulté à objectiver certaines dimensions du travail.
Les répondants expliquent également qu’il n’est pas toujours simple de transformer les échanges en actions concrètes. Si les discussions permettent de faire émerger des problématiques, les animateurs souhaitent être davantage accompagnés pour construire, avec les groupes, des démarches et des plans d’action adaptés.
Des besoins clairement exprimés
Les réponses convergent fortement sur les ressources attendues.
Les animateurs souhaitent avant tout disposer d’outils pratiques directement mobilisables dans leurs groupes, de témoignages et de retours d’expérience d’autres collectifs, de références permettant d’objectiver les situations ainsi que de formations spécifiques et d’un appui ponctuel d’experts.
Les échanges entre pairs apparaissent également comme un levier important pour développer les compétences et partager les pratiques d’animation.
Des premières réponses déjà engagées
Les résultats de l’enquête ne resteront pas lettre morte. Ils viennent déjà alimenter les actions portées par le réseau CATAE Bretagne afin d’accompagner les animateurs dans la prise en compte de la question du travail.
Une Journée MÉTIER pour franchir le premier pas
L’un des principaux enseignements de l’enquête est que les animateurs reconnaissent l’intérêt d’aborder le travail avec les agriculteurs, mais qu’ils manquent souvent de méthodes pour introduire le sujet et le transformer en véritable démarche d’accompagnement.
Pour répondre à ce besoin, la CATAE Bretagne organise une Journée MÉTIER le mardi 8 septembre 2026, à Loudéac, sur le thème :
« Faire évoluer les pratiques en accompagnant les transformations du travail des agriculteur·rice·s »
Cette journée permettra aux participants de :
- mieux comprendre les différentes dimensions du travail en agriculture ;
- identifier les moments et les méthodes pour aborder cette question avec les collectifs ;
- échanger entre pairs à partir de situations concrètes d’accompagnement.
Au programme : ateliers pratiques, découverte d’outils d’animation, témoignages d’animateurs ayant accompagné des changements de pratiques, partage de références issues de différents projets et ateliers de co-construction autour de problématiques choisies par les participants.
Gratuite et organisée grâce au soutien du PRDAR et de la Stratégie Écophyto 2030, cette journée a pour ambition de renforcer les compétences des animateurs tout en enrichissant leur boîte à outils pour accompagner les transitions agroécologiques.
Un temps de partage au salon La Terre est Notre Métier
La dynamique se poursuivra quelques semaines plus tard lors du salon La Terre est Notre Métier, le jeudi 24 septembre 2026, de 12 h à 13 h, avec une rencontre organisée par le réseau CATAE Bretagne.
Intitulée « 5 expériences inspirantes pour accompagner les transitions agroécologiques », cette séquence réunira des conseillers et animateurs de différents réseaux qui partageront leurs retours d’expérience autour de cinq thématiques :
- coopération entre recherche et groupes d’agriculteurs ;
- mobilisation et animation de collectifs ;
- partenariats inter-réseaux au service des transitions ;
- structuration de démarches de filière ;
- valorisation des résultats produits par les collectifs.
Cette rencontre permettra de croiser les regards sur les conditions de réussite des accompagnements, de découvrir les ressources développées par le réseau CATAE et de poursuivre les échanges entre pairs.
Les visiteurs pourront également découvrir un coin ressources CATAE, destiné à valoriser les fiches, guides, études, retours d’expérience et autres productions réalisées par les différents partenaires du réseau.
Une dynamique qui se poursuit
Au-delà de ces deux rendez-vous, les enseignements de l’enquête viendront alimenter les futurs travaux de la FRcuma Ouest et de ses partenaires, notamment dans le cadre du projet Casdar CAPT qui prévoit la création d’une communauté de pratiques, l’organisation de webinaires, d’ateliers d’échanges entre pairs et la production de nouvelles ressources méthodologiques.
Au-delà des résultats eux-mêmes, cette enquête confirme que la question du travail constitue aujourd’hui un levier majeur pour accompagner les transitions agroécologiques. En donnant aux animateurs les méthodes, les outils et les espaces d’échanges dont ils ont besoin, la FRcuma Ouest poursuit son objectif : faire du travail un véritable moteur des transitions, au même titre que les dimensions techniques, économiques et environnementales.
Ce travail a été réalisé dans le cadre de la CATAE Bretagne
