Fenêtres météo courtes : la CUMA de Sassy mise sur l’organisation collective pour rester réactive
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Face à des conditions climatiques de plus en plus imprévisibles, l’organisation du travail devient un enjeu central dans les exploitations agricoles. Lors d’un témoignage très concret, Rodolphe Lormelet a partagé l’expérience de la CUMA de Sassy, située dans le Calvados. Président de la Fédération des CUMA Normandie Ouest, il a montré comment le collectif peut devenir un véritable levier d’adaptation.

Des pics de travaux de plus en plus marqués
Premier constat dressé : la succession d’aléas climatiques réduit les périodes favorables pour intervenir aux champs, tout en concentrant les volumes de travaux sur quelques jours seulement.
Plutôt que de répondre à cette pression par l’achat de matériels toujours plus larges ou par la multiplication des équipements, la CUMA de Sassy a fait un autre choix : renforcer son organisation humaine, sécuriser la fiabilité de ses machines et développer des formes d’entraide opérationnelle.
👥 L’humain au cœur du dispositif
L’un des piliers de cette stratégie repose sur l’organisation des équipes.
Un adhérent référent de chantier a été identifié au sein du groupe. Capable de prendre le relais des salariés lors des périodes de très forte activité, il intervient en entraide, ce qui garantit équité et souplesse.
Ce rôle-clé permet de maintenir la fluidité des chantiers lorsque la météo impose d’accélérer les interventions et d’enchaîner les travaux sans délai.
🔧 Sécuriser les chantiers grâce à un matériel fiable
La CUMA a également mis l’accent sur la robustesse de son parc matériel :
👉 renouvellement régulier des équipements,
👉maintenance préventive systématique avant les grandes campagnes,
👉 constitution d’un stock de pièces détachées,
👉 autonomie renforcée pour l’entretien et les réparations courantes.
Objectif affiché : éviter les immobilisations en période critique, quand chaque heure de beau temps compte.
🌤️ Plus de souplesse pour intervenir dans de bonnes conditions
Pour élargir les périodes possibles d’intervention sans dégrader les sols, la CUMA s’est dotée de systèmes de télégonflage et a porté une attention particulière au choix des pneumatiques.
Ces ajustements techniques permettent de travailler plus tôt ou plus tard selon l’état des parcelles, tout en limitant la compaction des sols — un point essentiel dans un contexte de plus en plus humide ou contrasté.

Ensemble semis de la cuma de Sassy
💻 Numérique, entraide et “banque de travail”
L’organisation collective est aussi passée par des outils simples mais efficaces.
Un logiciel partagé, « MyCuma Planning et Travaux », facilite la planification des chantiers. Les échanges en temps réel via WhatsApp complètent ce dispositif pour réduire les temps morts et ajuster rapidement l’ordre des interventions.
La CUMA a également développé une véritable banque de travail fondée sur la solidarité entre adhérents :
👉 mutualisation des tracteurs,
👉 chantiers réalisés entre voisins afin de limiter les pertes de temps liées aux attelages et dételages.
Elle a également développé les prestations complètes associant matériel, tracteur et salarié.

Vue sur les réservations de matériel pour octobre 2025, avec myCumaPlanningetTravaux, service de gestion des plannings et travaux de la cuma, qu’ils couplent avec l’utilisation de Whatsapp
💬 Un message clé : anticiper et agir collectivement
Pour Rodolphe Lormelet, l’adaptation au changement climatique ne repose pas sur une solution unique, mais sur une combinaison cohérente de leviers : anticipation, organisation collective et outils pragmatiques.
Cette approche globale permet aujourd’hui à la CUMA de Sassy d’augmenter fortement sa réactivité face aux aléas climatiques, tout en sécurisant le travail des agriculteurs.
Un témoignage partagé lors d’une journée Pida Climat
Ce retour d’expérience a été présenté dans le cadre d’une journée organisée par Pida Climat, un dispositif normand qui vise à favoriser l’interconnaissance entre acteurs du monde agricole et alimentaire, le partage de connaissances et l’émergence de projets autour du changement climatique et de la transition agroécologique.
Deux fois par an, Pida Climat réunit chercheurs, enseignants, instituts techniques, conseillers agricoles, coopératives, agro-industries, collectivités, banques, assureurs ou encore services de l’État. La journée concernée a rassemblé une soixantaine de participants issus d’une trentaine d’organisations, autour notamment des thématiques du financement de la transition agroécologique et de l’impact du changement climatique sur le travail en agriculture.
La séquence consacrée à cette dernière question avait pour objectif d’analyser les effets du climat sur l’organisation du travail — en particulier dans les systèmes de polyculture-élevage — et d’identifier des leviers techniques, organisationnels et collectifs d’adaptation. Elle a été animée par Isabelle Diomard pour les Chambres d’agriculture de Normandie, et Manon Lebrun pour la Fédération Régionale des CUMA de l’Ouest.
Une journée qui a confirmé, à travers des témoignages comme celui de la CUMA de Sassy, l’importance de construire collectivement des solutions opérationnelles pour accompagner les agriculteurs normands face aux défis climatiques.